3 | 2019   
> Comptes-rendus de lecture

Julie Noirot,

Delphine Gleizes et Denis Reynaud éd.,
Machines à voir. Pour une histoire du regard instrumenté (xviie-xixe siècles), Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 2017, 404 pages

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01Établie, présentée et richement annotée par Delphine Gleizes et Denis Reynaud, cette remarquable et ambitieuse anthologie, parue aux Presses universitaires de Lyon, permet de retracer, à travers une sélection de plus de 200 textes connus ou moins connus (à la fois littéraires, scientifiques, techniques, philosophiques, médiatiques ou pédagogiques), trois siècles d'inventions optiques, réelles ou imaginaires.

02Les auteurs du présent ouvrage empruntent leur titre « machines à voir », et l'approche qui en découle, à une formule de l'écrivain et critique Jean Paulhan, à propos des papiers collés cubistes, qui à la manière de l'appareil perspectiviste de Brunelleschi, de la fenêtre de Dürer ou de la camera obscura, produisent non seulement des images mais tout un imaginaire coïncidant avec une certaine vision du monde. Delphine Gleizes et Denis Reynaud s'intéressent moins en effet à l'histoire des dispositifs techniques en tant que tels qu'à la manière dont ces derniers, envisagés comme métaphores, ont pu modifier le regard du sujet sur le monde et sur lui-même.

03Suivant une progression thématique et transdisciplinaire, particulièrement didactique, l'ouvrage se compose de 6 chapitres clairement structurés et abondamment commentés. Le premier retrace l'histoire des techniques d'un point de vue scientifique et physiologique, depuis l'invention du télescope jusqu'aux premières images pré-cinématographiques (zootrope, praxinoscope et chronophotographie), en passant par les fameux panoramas et autres dioramas. Le deuxième chapitre s'intéresse, quant à lui, à la portée pédagogique et politique de ces spectacles optiques, cette fois-ci abordés du point de vue de la sociologie des spectacles, tandis que le troisième aborde la question des croyances liées au pouvoir illusionniste et trompeur de certaines de ces machines à « dérégler les sens », en revenant notamment sur la pratique de la « photographie spirite ». Les trois chapitres suivants sont respectivement consacrés aux appareils de communication (réels, imaginaires ou oubliés) tels que le télectroscope, le téléphote ou le mémorable téléchromophotophonotétroscope (« chapitre IV – Visions augmentées ») ; au rapport de ces machines à voir avec la question de l'historiographie (« chapitre VI – Le spectacle de l'histoire ») ; et pour finir aux liens qui se tissent entre optique et psychologie (« métamorphoses de la chambre noire », « métaphores de la mémoire : du tableau à la photographie » ou encore « rêves et hallucinations : visions fantasmagoriques »).

04Bien qu'il ne concerne qu'indirectement, ou plutôt non exclusivement, la « machine à voir » photographique, ici replacée dans une véritable archéologie du regard instrumenté, l'ouvrage élégamment illustré, assorti d'une précieuse bibliographie critique et de deux index offrant des entrées par noms et par dispositifs, pourra toutefois intéresser et même captiver le chercheur en études photographiques, et constituer un véritable livre-ressource pour tous ceux qui s'intéressent à la culture visuelle. On ne saurait donc qu'en recommander vivement la lecture.

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Julie Noirot, « Delphine Gleizes et Denis Reynaud éd.,
Machines à voir. Pour une histoire du regard instrumenté (xviie-xixe siècles), Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 2017, 404 pages
 », Focales n° 3 : Photographie & Arts de la scène, mis à jour le 12/06/2019.
URL : http://focales.univ-st-etienne.fr/index.php?id=2577